Frédéric Antonetti : "J'ai une âme de batisseur"



Fred, on parle souvent pour expliquer les bons résultats d?un amalgame réussi entre expérience et jeunesse?
Il y a un très bel équilibre qu?on n?avait pas l?an dernier pendant les six premiers mois. On a commencé à le trouver en janvier avec les arrivées de Letizi et Laslandes, qui nous ont apporté leur expérience. La vie de vestiaire est importante, donc on a essayé de corriger ça avec Roger Ricort. Après, les circonstances décident. On récupère un Hognon parce qu?il est libéré par St-Etienne et que j?ai la chance de l?avoir entraîné et de bien le connaître, un Jeunechamp qui correspond bien au profil niçois, Echouafni est là depuis pas mal de temps, un Rool? On parle souvent de leur âge, mais il faut surtout souligner leur compétitivité. L?âge, c?est important pour l?expérience et la gestion des matches. Mais avant tout ils sont bons, sinon ils ne joueraient pas. Je préfère retenir que nous avons une équipe saine et très compétitive.

L?autre jour à la maison d?arrêt, vous souligniez la part du public dans le maintien l?an dernier?
(Il coupe) L?an passé ça aurait pu partir complètement en vrille, c?était très confus comme situation. Et le public a montré l?exemple. Sans son soutien, il était impossible de se maintenir.

L?an dernier vous disiez que pour avoir une équipe de caractère, il ne suffit pas d?aligner onze joueurs agressifs?
Mais c?est quoi une équipe de caractère ? Il faut d?abord donner une définition. Prenons l?exemple de Lyon-Barça cette semaine : je peux vous dire que les deux équipes étaient de caractère, pourtant sur le terrain ça ne manquait pas de techniciens. Et dès qu?ils perdent le ballon, vous les voyez presser, harceler. Au plus haut niveau, on ne peut pas faire un cercle de 2m2 et dire : « Moi je suis bon techniquement, je ne cours pas ». Ça n?existe plus. Aujourd?hui, il y a une grande intensité dans le jeu, une grande détermination, dans la récupération du ballon comme dans les attaques. Lyon est sans conteste l?équipe la plus agressive du championnat. Et Juninho, qui passe pour un technicien, le joueur le plus agressif de Ligue 1.

On souligne souvent que vous avez cette saison une « équipe d?hommes », à votre image?
On se fait respecter par notre football, je crois. Notre équipe réagit, ne se laisse pas faire, mais en respectant son adversaire et en jouant au ballon. Le reste n?est que clichés. On regarde le match, comment ça se passe, si l?équipe peut aligner des actions à cinq ou six passes, subir, placer des contres? C?est ça le football.



Malgré son faible budget, Nice occupe la 5e place?
Il ne faut pas regarder sur un an mais sur dix : plus vous avez de moyens, plus vous avez de chances d?être dans les premiers. Faites un classement sur dix ans, vous verrez : il va sortir dix équipes, et toutes les autres montent et descendent. Après on dit que l?argent ne sert à rien. Moi je veux bien mais? J?ai vu que Paris allait prendre trois à quatre joueurs au mercato. Nous l?année dernière quand on était dans la panade il a fallu s?en sortir autrement.

Comment recruter cet hiver sans déstabiliser le groupe ?
C?est toute la question. Le mercato d?hiver est un marché de rééquilibrage, mais en plus il y a la CAN. Sinon, je pense qu?on ne bougerait pas. Là, il nous faut un défenseur central. Il y aura toujours des opportunités de jeunes, de joueurs à relancer. Si on peut anticiper de six mois le recrutement de juin? L?année dernière, mal classés, on n?a pas pu le faire. Beria, en fin de contrat, a signé à Lille. Si on avait eu les arguments de cette année, peut-être serait-il chez nous.

D?après vous, le club est-il médiatiquement maltraité ?
Maltraité c?est trop fort. Je dirais sous-traité. Mais ça ne me dérange pas car on a tendance à trop s?enflammer dans le Sud. Pour moi c?est un bon traitement car il me permet de travailler sereinement. Si on veut être reconnu au niveau national, il faut montrer qu?on veut faire un très bon club et pour ça, faire un stade.

On parle souvent à Nice de cycles de trois ans?
Pas moi. Je peux parler du prochain match mais pas d?un cycle de trois ans. Ca reste toujours très fragile. Regardez le classement (il saisit le journal) : on a 6 points de plus que le 16e. Deux victoires, c?est rien ! Si on est 16e, les gens ne parlent pas comme ça.



Pour autant, vous vous inscrivez dans la durée?
 J?ai choisi Nice pour son potentiel. J?ai une âme de bâtisseur. Je travaille dans un club comme si j?allais rester dix ans. Sans me faire d?illusions : je n?oublie pas que l?an dernier, pendant 48h, je n?étais plus entraîneur de Nice. Vous savez j?ai une dizaine de joueurs qui font deux entraînements de plus, c?est-àdire de la post-formation. Si je ne m?inscrivais pas dans la durée, je resterais chez moi. Ce n?est pas moi qui vais en profiter, c?est l?OGC Nice. Quand j?ai pris Perrin et Gomis à St-Etienne, c?était des anonymes que je n?ai pratiquement pas fait jouer. C?est le club qui en profite : aujourd?hui ce sont deux titulaires à part entière. Ces joueurs-là, en post-formation, quand ils seront prêts, dans 3 ou 4 ans, ce n?est peut-être pas moi qui les entraînerai.

Aujourd?hui votre image dans les médias est galvaudée ?
Un peu. J?ai fait quelques erreurs, c?est évident, notamment mes accrochages avec Vahirua et Bellion. Le contexte a joué, mais j?assume. Ça fait partie de mon personnage même si c?est caricaturé. Je pense avoir d?autres qualités car sinon je ne serais plus entraîneur depuis longtemps. Quand on dit la vérité, ça marque plus que la langue de bois.

Êtes-vous un homme heureux ?
Je l?étais l?an dernier aussi car je le suis dans ma vie de famille et c?est le plus important. Même si professionnellement j?étais en difficulté, les difficultés ne m?ont jamais fait peur. Je savais qu?on allait se maintenir. Ce n?était pas des phrases en l?air car on avait de vrais arguments.

Source : Actufoot06, N°254

Les statistiques et les pages du site www.anciensverts.com


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