Robert Herbin : "Parfois, je m'interroge"

À SOIXANTE-HUIT ANS, Robert Herbin fait forcément figure de sage. Croulant sous les titres et les Coupes, tous glanés avec Saint-Étienne (voir ci-contre), « le Sphinx » est devenu un observateur très attentif de son club de c?ur. Choqué qu?on ait pu lui refuser l?accès au centre d?entraînement il y a deux semaines, « surpris de ne pas avoir, depuis, reçu le moindre coup de fil en provenance du staff stéphanois », il n?en continue pas moins d?être le premier supporter d?une armada verte qu?il juge chaque semaine depuis le début de la saison via une chronique livrée à la Tribune, le quotidien de la Loire, après chaque match de l?ASSE. À Geoffroy-Guichard, où il n?en rate quasiment pas, à l?extérieur devant sa télé, avec ses deux gros chiens à proximité de son canapé.



DE QUOI DOUTER

« Durant toute ma carrière, j?ai préféré la réserve à l?optimisme à tous crins. Je souhaite évidemment que l?ASSE progresse mais je ne partage pas forcément l?optimisme affiché au sein du club. Déjà, je ne suis pas totalement convaincu par la façon dont il est dirigé depuis quelques années. Je pense que le meilleur recrutement, c?est savoir garder ses meilleurs joueurs, plutôt que d?aller en chercher saison après saison sans que les arrivants soient forcément plus performants que ceux qu?on a laissés partir. J?avoue que je n?ai toujours pas compris pourquoi le club a cédé Piquionne (à Monaco) il y a un an, alors que c?était une pièce indispensable du dispositif. Je constate aussi, comme tout le monde, qu?il y a un déséquilibre entre les résultats à domicile (14 points en six matches) et à l?extérieur (4 points en huit matches). Cela relève d?abord du mental collectif. Or, la vraie valeur d?une équipe se vérifie à l?extérieur, où, pour l?instant, les résultats de l?ASSE sont nettement insuffisants. Lors des deux derniers matches perdus en déplacement (2-3 à Lens et au Mans), il y a par exemple eu un manque évident de soutien collectif et un coupable instinct de repli alors que Saint-Étienne menait au score. Lorsque je constatais ce genre de comportement, je peux vous dire que je sermonnais les joueurs au moment du ? débriefing ? et, en principe, ça ne se reproduisait pas avant quelque temps ! La mode est certes au turnover, à doubler tous les postes, donc à disposer d?un effectif nombreux, mais je reste convaincu qu?il est difficile d?obtenir des résultats probants et réguliers sans s?appuyer sur une ossature stable. C?est la seule façon, à mon sens, d?asseoir un collectif, des automatismes, un style de jeu. Pour ne rien arranger, je ne citerai pas de noms, mais il y a plusieurs joueurs qui ne répondent pas aux espérances. »



LES RAISONS D?ESPÉRER


« Il n?y a qu?à voir l?engouement autour de l?équipe, malgré des résultats moyens depuis bien longtemps, pour constater que l?ASSE et le foot sont toujours rois à Saint-Étienne. C?est un vrai point fort, qui produit d?ailleurs ses effets lors des matches à domicile. Il y a, par ailleurs, quelques joueurs dans cette équipe qui doivent être suivis et encouragés. Je pense, par exemple, au tandem Perrin-Landrin. Ils mériteraient d?être systématiquement associés. Ils me paraissent être ceux qui sentent le mieux le jeu, les seuls vraiment capables de bien relancer, d?orienter la man?uvre. À condition de ne pas les oublier, notamment sur les relances à la main, qui sont une denrée rare à l?ASSE? Même s?il traverse une période un peu plus délicate, Matuidi a aussi de l?avenir. C?est également vrai pour Sall, dont le potentiel est énorme et dont je sens qu?il a non seulement la tête sur les épaules mais aussi une grande envie de progresser. C?est un pilier sur lequel le club doit investir. »

QUEL AVENIR ?



« J?ai lu que Laurent Roussey visait la huitième place. C?est le genre de perspective qui a le don de m?exaspérer car j?ai toujours pensé qu?il fallait surtout essayer de faire du mieux possible. Que l?on vise le titre ou la Coupe d?Europe, ce sont de véritables objectifs. Mais se fixer des objectifs bien gradués, comme la huitième place, ça ne ressemble à rien. Au-delà, je souhaite et j?espère qu?un jour Saint-Étienne pourra de nouveau être champion de France. Mais, pour y parvenir, il faut avant tout de la stabilité. Or, pour gagner un peu d?argent, on laisse trop souvent partir des joueurs essentiels pour en attirer d?autres sur lesquels on fait des paris? qui ne se révèlent pas souvent gagnants jusqu?ici. »

 CLAUDE CHEVALLY
L'Equipe du 24 novembre 02007

Les statistiques et les pages du site www.anciensverts.com


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